Croire aux fauves ¤ Nastassja Martin

L’histoire d’un livre que j’ai dévoré en un jour tant il a remué des choses en moi. En plein été 2015, Nastassja Martin marche sur la roche volcanique du Kamtchatka quand elle se retrouve nez à nez avec un ours. Ils échangent un regard. Quelque chose se passe. Un corps à corps, la peau contre les poils, les dents sur le crâne et la bouche, presque un baiser. L’ours repart, un piolet dans la poitrine, deux dents et un morceau de mâchoire humaine dans la gueule. Cela aurait tout d’un fait divers, mais il n’en est rien. C’est une rencontre, une renaissance, en voyage en soi. Allez, viens.

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Quatre saisons de guérison et de cheminement. Le corps à réparer, d’abord en Russie puis en France. Le regard à affronter, mais surtout: comment raconter cette rencontre que les autres voudraient appeler attaque? Surnommée matukha (ourse) par ses amis évènes à cause de sa grande taille et de son amour pour les myrtilles sauvages, Nastassja est désormais miedka, un être entre deux monde.

Le récit de cette femme incroyable, dont le courage et la profondeur forcent le respect, est une pépite à méditer. Lire ce livre c’est s’engager dans l’ascension de plusieurs montagnes, les montagnes intérieures d’une femme blessée, les à-pics de la médecine occidentale, les sommets brumeux d’une réflexion animiste et les moraines splendides d’une âme qui se dévoile.

Un coup de cœur. Pour nous aussi, accepter de voir l’animal en nous. Ou l’âme des choses qui nous entourent.

« Cette nuit-là, j’écris qu’il faut croire aux fauves, à leurs silences, à leur retenue ; croire au qui-vive, aux murs blancs et nus, aux draps jaunes de cette chambre d’hôpital ; croire au retrait qui travaille le corps et l’âme dans un non-lieu qui a pour lui sa neutralité et son indifférence, sa transversalité. […] mon corps après l’ours après ses griffes, mon corps dans le sang et sans la mort, mon corps plein de vie, de fils et de mains, mon corps en forme de monde ouvert où se rencontrent des êtres multiples, mon corps qui se répare avec eux, sans eux ; mon corps est une révolution. »

 

IMG_9211Croire aux fauves de Nastassja Martin aux éditions Verticales [2019]


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Photo Philippe Bretelle

Nastassja Martin, née en France en 1986, elle est anthropologue spécialisée dans les populations arctiques. Elle est l’auteur de l’essai Les Âmes Sauvages, tiré de sa thèse. Croire aux fauves est son premier récit.

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