The Killer Whale who changed the world ¤ Mark Leiren-Young

On dirait bien que je vais encore m’étendre. Promis, je ne ferai pas ça à chaque fois. Mais là, on tombe dans un sujet qui me passionne, me bouleverse et me tient à cœur depuis très longtemps. Ce livre de non-fiction m’a retourné l’estomac. Il n’est malheureusement pas traduit en français pour l’instant, et c’est très dommage. En attendant, il faut que je te raconte une histoire, tu viens ?

En Juillet 1964, Joe Bauer et Samuel Burich s’apprêtent à remballer leur matériel et quitter l’île Saturna (Colombie-Britannique). Cela fait deux mois qu’ils tentent de harponner une orque qui servirait de modèle à Burich pour une sculpture grandeur nature commandée par le directeur de l’aquarium de Vancouver. A cette époque, les orques que l’on appelle plus volontiers baleines tueuses (killer whales) n’ont pas bonne réputation. Et pour cause, on ne sait rien d’elles. Des rumeurs, mythes et légendes vont bon train. Ce top prédateur n’a peur de rien : cannibale, agressive, dangereuse et sans scrupules, l’homme la craint et la tue volontiers.

Mais ce jour-là, alors qu’ils sont sur le point d’abandonner, les deux baleiniers en herbe réussissent à harponner une jeune orque. Et cette baleine va, contre toute attente, survivre à sa blessure. Les deux hommes vont tracter l’orque comme un chien en laisse par la ligne de harpon jusqu’à Vancouver, à une trentaine de kilomètres de là.

Cette baleine, surnommée Moby Doll, est la première orque observée en captivité au Canada (et l’une des premières dans le Monde). Elle va susciter trois choses : l’attention des médias, la naissance d’un activisme anti-captivité en Amérique du Nord, et une grande avancée dans la recherche zoologique.

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Terry McLeod donnant à manger à Moby Doll en 1965. Photo © Don McLeod (On peut voir grâce à cette photo les lésions cutanées dont Moby Doll a souffert.

La vie de Moby Doll sera de courte durée. Il va en effet mourir environ deux mois plus tard. Le taux de salinité très bas de son enclos ne lui permettant pas de flotter à la surface de l’eau, Moby Doll serait très certainement mort de fatigue. La nécropsie dévoilera également des infections cutanées dues à la pollution de l’eau de la baie de Vancouver ainsi que son véritable sexe.

Mark Leiren-Young a rencontré les protagonistes de cette histoire incroyable qui a bouleversé la relation entre l’homme et l’orque et livre ici un témoignage riche et puissant. On assiste ici à la bêtise humaine, la peur de ce qui est différent, l’amour et la fascination naissante pour ces animaux d’une intelligence incroyable. On sait aujourd’hui que malgré la mort prématurée de Moby Doll (et de nombreuses orques capturées par la suite) les années 60 et 70 sont une période d’engouement frénétique pour les parcs marins et notamment pour Orcinus Orca. Si Moby Doll est la star de l’histoire, la science, le business de la captivité animale et l’éclosion d’organisations de protection de l’environnement (Greenpeace ou Sea Shepherd) n’en sont pas moins des protagonistes importants.

Mark Leiren-Young porte ce livre d’un ton engagé, sensible et curieux et nous présente l’émergence d’un business qui aujourd’hui encore suscite engouement ou colère. Il délie aussi pour nous tous les questionnements, recherches et découvertes sur le monde mystérieux de cet animal marin : que mangent-elles, que disent-elles, combien de temps vivent-elles, sont-elles conscientes d’elles-mêmes ?

Ce livre est d’une extrême importance, à une époque où beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi on se bat pour la fermeture des parcs marins. Il est nécessaire de savoir où tout commence. Il est nécessaire de savoir qu’avant de faire croire qu’une orque est un animal absolument adorable qui aime faire des tours pour faire plaisir aux spectateurs, on les canardait de balles en pleine mer sous prétexte qu’elle mangeaient « tout le saumon » des pêcheurs.

Il est nécessaire de savoir qu’une orque à l’état sauvage peut vivre jusqu’à plus de 80 ans. Granny, ancienne matriarche du Pod J au Canada, est morte à environ 104 ans. Il est important de savoir que les orques sont des êtres sensibles et qu’elles peuvent par conséquent souffrir de la perte d’un membre de la famille, ressentir l’isolement, l’ennui, la peur et que leur place n’est pas dans un bassin mais en pleine mer.

Aujourd’hui les orques résidentes du Sud (Les Pods J, L et K)au Canada sont toujours menacées par la pollution des eaux, la contamination de leur nourriture, par le passage incessant des bateaux à moteurs qui les empêche de communiquer. Ces trois pods réunis ne comptent aujourd’hui qu’environs 74 membres et les chances de survie des juvéniles sont de plus en plus basses.

Pour plus d’informations sur les orques et la captivité des cétacés en France, je vous laisse visiter le site de l’Association C’est Assez! Ou encore cette vidéo WE ARE THE ORCAS ou de vous procurer le documentaire BLACKFISH de Gabriela Cowperthwaite.

Et enfin, pour lire ce livre essentiel de Mark Leiren-Young, comme c’est un livre en anglais et qu’on a tous envie d’arrêter d’acheter sur Amazon (n’est-ce pas?) il est disponible sur Lalibrairie.com.

Lune.

2014-09-23 17.32.30The Killer Whale who Changed the World de Mark Leiren-Young, Greystone Books.


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Mark Leiren-Young est né à Vancouver en Colombie-Britannique en 1962. Dramaturge, écrivain, journaliste, réalisateur, il s’engage très vite pour la cause environnementale. En 2017 il réalise un documentaire sur Granny, l’orque centenaire de la mer des Salish : The Hundred-Year-Old Whale.

4 réflexions sur “The Killer Whale who changed the world ¤ Mark Leiren-Young

    1. Oui je connais Tilikum, et j’ai vu Blackfish un nombre incalculable de fois… j’avais d’ailleurs eu la chance de rencontrer John Hargrove qui témoigne dans le doc, à une dds manifs au marineland d’Antibes. Clairement secoué par ce qu’il a vécu là-bas.

      Aimé par 1 personne

      1. C’est incroyable ce que ce documentaire peut vous retourner, moi aussi plusieurs fois. Et la fin, l’an dernier.. si triste. On ne peut que se battre contre les parcs animaliers, les Marineland et autres Seaworld, aux côtés d’un max d’assoces. Et bouger contre ce qui se passe aux Féroé et à Taiji. Question idiote je suis sûre : as-tu vu « The Cove »?

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